Lundi 6 février 2006
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17:53
LA CALYPSO DU COMMANDANT COUSTEAU
J'ai vu, il y a quelques jours à la télévision, des photos de la Calypso pourrissant dans le port de La Rochelle. Ceci m'a attristé car j'ai connu ce navire dans toute sa splendeur dans les années 60. Je suivais les exploits du commandant Cousteau avec beaucoup d'intérêts. On ne peut oublier les splendides vues des massifs de coraux du « Monde du Silence », ni le fameux mérou. J'étais alors un fervent de la chasse sous marine, en apnée, je descendais jusqu'à 12 mètres pour chercher les mérous.
Mais ce qui me revient aussi en mémoire, c'est cette journée exceptionnelle à Monaco, où avec un collègue de travail, ingénieur spécialiste en radio navigation, j'avais été chargé d'aller présenter au commandant Cousteau le système TORAN de localisation utilisé par la Compagnie Générale de Géophysique, à l'époque mon employeur, sur ses navires de recherche pétrolière en mer.
Ayant contacté par téléphone l'intéressé pour obtenir un rendez-vous, le commandant étant pris toute la journée à l'extérieur ne pouvait nous consacrer qu'un instant à bord, à l'heure du déjeuner. C'est ainsi que nous nous sommes présentés vers midi sur le quai où se trouvait amarré ce magnifique navire. Alors que nous hésitions à monter sur la passerelle, nous avons entendu un appel nous invitant à grimper.
Une dame nous attendait, elle nous accueillit sans façon en nous disant:
« la mère Cousteau c'est moi ! Mon mari vient de téléphoner, il sera en retard. Bienvenue à bord de la Calypso ! Où sont vos chapeaux ? »
C'est le second de la Calypso qui prit le relais pour nous piloter et nous expliquer que les visiteurs invités à déjeuner offraient, en principe, non des fleurs à Madame Cousteau mais un chapeau pour compléter sa collection. En effet nous avons découvert celle-ci composée d'une extraordinaire quantité de couvre-chefs : militaires, religieux ou civils, plus originaux les uns que les autres accrochés tout le long de la coursive nous conduisant à la salle à manger.
Nous étions confus n'apportant ni fleurs ni chapeaux. Mais Madame Cousteau nous ayant pardonnés nous proposa de prendre l'apéritif en attendant son mari, en compagnie de 2 autres invités : un religieux italien, qui avait dû accrocher son chapeau dans la coursive, et un docteur belge.
Après plusieurs verres, le commandant n'étant pas arrivé, Madame Cousteau nous invita à passer à table. Je ne me souviens pas des conversations engagées entre le religieux et le docteur, mais je trouvais que ce dernier avait beaucoup d'humour, bien que belge.
Puis le Commandant est enfin arrivé et a sauté en marche dans le menu, directement aux fromages. C'est alors qu'il a affirmé au docteur que la France était le pays le plus évolué du monde, ayant le plus grand nombre de variétés de fromages avec autant de remarquables bons crus s'accordant avec chacun d'eux. Le docteur belge vanta alors la variété remarquable des bières de son pays accompagnant aussi bien les frites que les moules. Je ne sais plus si le religieux a fait allusion à ses vins de messe.
Il est certain que nous n'avons pu placer un mot sur notre système TORAN de radiolocalisation pour lequel nous étions venus voir le commandant Cousteau. Après le déjeuner, c'est à son second, à qui il faisait toute confiance, que nous avons présenté notre matériel, le commandant Cousteau s'étant excusé, car il devait repartir pour participer à une conférence,
Mon collègue et moi avons été très déçus de n'avoir pas réussi à lui placer notre TORAN, mais cette étape sur la Calypso est restée pour nous à jamais gravée dans notre mémoire.
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Je découvre aujourd'hui un aspect curieux de la mémoire.
Quand j'ai commencé ce texte sur la Calypso, je ne revoyais que ce beau navire que j'avais admiré au cinéma et à la télévision, puis plus tard à Monaco.
C'est alors que je me suis revu sur le quai au pied de la passerelle, hésitant à monter tant je me sentais ému d'être aussi près de ce bateau qui m'avait fait souvent rêver.
Et puis est venu à mon esprit cet appel, cette invitation à monter et le si curieux accueil de Madame Cousteau, enfin cette coursive parcourue derrière le second nous donnant des explications sur la collection de chapeaux.
Je me revoyais un verre à la main examinant le carré servant de bar et de salle à manger et découvrant les deux autres visiteurs. C'est en fait le Belge qui rompit la glace et fit allusion aux chapeaux.
Curieusement les souvenirs se sont mis en place petit à petit, chaque fait prenant sa place, à croire que j'étais encore à bord de la Calypso. Et cependant, cette journée remonte à plus de 4 décennies !
Mon regret est de ne plus me souvenir de la conversation entre le religieux et le docteur belge. Ils ne devaient pas tellement s'estimer, car je les revois faisant plus ou moins des grimaces en parlant, et ils semblaient vouloir nous prendre à témoin et nous demander de participer à leurs échanges, mais nous étions trop jeunes par rapport à eux pour intervenir.
Curieusement, « la mère Cousteau » les écoutait, le sourire aux lèvres, mais n'intervenait pas non plus.
Conclusion : j'ai une meilleure mémoire visuelle qu'auditive !
L'homme est un drôle de phénomène. . .
Par PLET
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Publié dans : LES BRÈVES
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